Voyage au cœur de l’espace-temps (3)

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Janvier 1995:

Je viens de retrouver un ancien copain de collège que j’avais totalement perdu de vue. Il était dans ma classe en quatrième et en troisième, ça remonte à loin. On s’entendait bien à cette époque. Son nom est Alexandre Cadinot, un grand blond aux cheveux courts avec une raie sur le coté d’un mètre quatre-vingts un, âgé de vingt-deux ans et demi. Ses yeux verts reflètent toujour sa soif d’aventure et de voyage. Il est un peu casse-cou et forte tête, mais très sympathique. Il est passionné par l’ancien et l’étrange et il aime la complexité. Il a passé tous les permis: voiture, moto, camion, bateau, et avion, car il aime ça.

De plus c’est un bon joueur de guitare et lorsque il en à l’occasion, il n’hésite pas à la sortir de son étuis pour jouer un ou deux petits airs connus de tous ou de son cru. D’autres fois il se plonge dans la lecture de livres sur l’Egypte Antique ou sur les Incas, les Mayas et les Aztèques. En clair, il ne s’ennuie jamais, moi non plus d’ailleurs. Il s’intéresse aussi à l’astronomie et à la cartographie. Quand je ne l’écoute pas jouer, je suis également plongé dans la lecture, mais de revues scientifiques ou de romans de science-fiction.

Il effectue comme moi son Service National dans le Génie. Et comme moi, il est maréchal des logis. Engagés pour 16 mois, nous travaillons sur le même dossier, dans la même équipe, et nous dormons dans le même dortoir. Ce travail consiste à élaborer une nouvelle base militaire souterraine antinucléaire classée top secrète. En fait, il s’agit d’une sorte de concours entre différents centres du génie avec l’aide de jeunes recrus, mais à la fin, on ne saura pas lequel aura été choisi. De plus, il est fort possible que la véritable future base soit construite à un autre endroit que ceux proposés et qu’elle tienne compte du point de vue structurel, fonctionnel et architectural d’un peu de toutes les propositions. Mais c’est là un choix des militaires engagés «  à vie » qui s’occupent de ce projet.

Ayant fait des études en géologie, il travail sur la phase étude des sols des différents sites possibles, et devra choisir le meilleur emplacement, à la foi géologique, géographique et tactique. Quant à moi, je m’occupe des domaines architectural, fonctionnel et financier. Ceci est tout à fait dans mes cordes.

La tâche est dure car il s’agit d’une base polyvalente devant accueillir l’état major et le P.C. Opération de secours, une douzaine d’hélicoptères – le tout nouveau qui va bientôt sortir officiellement – et autant de Rafales, ainsi que la demi douzaine des nouveaux chars Leclerc, avec pilotes et techniciens, plus une centaine de soldats chargés de la protection du site avec leur artillerie au sol. Par chance, elle ne devra pas accueillir de sous-marins, ça serais le bouquet !

Ce complexe militaire doit bien sûr être indétectable par satellite – elles y voient très bien ces bêtes là, il faut s’en méfier – et par radar, même durant les travaux. Une telle installation ne peut être construite que sous un terrain vallonné ou montagneux. Encore faut-il trouver le site idéal.

Le commandant de la base nous à fait savoir que le président Chirac voudrait voir cette installation opérationnelle pour l’an 2000. Moi je sais qu’il faudrait qu’elle soit terminée un an plus tôt, si on veut qu’elle soit opérationnelle à temps, mais ce n’est pas quelque chose que je peux me permettre de dire sans me faire enfermer dans un asile de fous.

Un mois après le début de l’avant projet détaillé, j’eus cette conversation avec Alexandre.

« Dit moi Alex, t’as toujours pas trouvé le site idéal à ce que je vois. T’hésites encore entre ces deux là. J’aurais peut être bien la solution à ton problème. Il te suffira de vérifier par toi-même les caractéristiques techniques et géographique de ce terrain, secteur F8, zone gamma 3.  Regarde ce relevé géologique, n’est-il pas idéal ? »

« Où t’as trouvé ça ? »

« J’ai mes sources, en fait j’y ai une ferme dans la région et je connais le terrain. Comme cela, je pourrais facilement intégrer cette installation à la forme du terrain, ce qui est capital. En plus, il y a des fournisseurs potentiels de matériaux et matériels pas trop loin, ce qui réduit le coût en transport de marchandises que l’on pourra faire livrer à ce petit terrain militaire assez proche. Tu n’as qu’à regarder cette carte et ces plans que j’ai dressés. »

Effectivement, j’ai mis Oya sur le coup. Ce ne fût pas aisé de rentrer dans l’ordinateur militaire les données quotidiennes fournies par mon ordinateur via ma S7 et une disquette câblée spéciale sans attirer l’attention des systèmes de protections anti-virus et des regards indiscrets. Cela ne m’a pas empêché de dessiner à la main l’installation dans son intégralité, en schéma de principe. Oya traitait et analysait ensuite le plan d’ensemble pour pouvoir en sortir n’importe quel plan ou coupe, et même des vues en 3D, avec les dimensions exactes. Les informations enregistrées par le scanner relié à l’ordinateur militaire arrivaient dans le mien en passant par S7 et les retransmettaient ensuite sous forme d’entrées sur clavier des coordonnées à saisir sur le logiciel de dessin militaire et en lui laissant également les dessins scannés. C’est ainsi que je gagna du temps et que je ne me fatigua pas trop à passer des heures à taper au clavier des suites de chiffres.

« Eh, mais on dirait que tu à conçus ce bâtiment pour ce terrain. Et en plus, t’es un rapide. Chapeau mon vieux ! »

Impeccable, le site est trouvé, et l’avant projet définitif le sera très rapidement. Les travaux pourront même commencer avec de l’avance par rapport au planning prévisionnel. C’est le commandant qui va être content. Des trois équipes d’une dizaine de personnes, nous sommes les plus rapides à avoir déposé un dossier complet, sérieux et bien ficelé.

Espérons que notre proposition soit retenue dans son intégralité, ce qui je pense a peu de chance de se produire.

Avril 1995:

Il me parlait souvent de son amie d’enfance Dominique Rodier, une belle blonde aux cheveux très courts à la brosse, d’après la photo qu’il m’a montrée. « Elle est plus grande que moi de cinq centimètres, m’a-t’il précisé. Je te la présenterais lorsque l’on aura une permission. »

Ce qui fut fait quelques temps plus tard. Nous avons passé un week-end ensemble. Agée de dix-neuf ans, elle était en fac de droit à Mont Saint Aignan car elle souhaitait soit entrer dans la police et y avoir une bonne place assez rapidement ( ce qui l’aiderait un peu ), soit devenir avocate. Elle avait choisi cette voie car elle aime les enquêtes et les intrigues. Déjà, petite, elle était passionnée par Sherlock Holmes principalement, et aussi par quelques autres un peu moins célèbres. Comme loisir, elle pratique le karaté: le sport ne lui fait pas peur, et la bagarre non plus. De plus, elle est une très bonne tireuse ( elle fait mouche à chaque coup ) et experte en armement, c’est pourquoi elle est également inscrite à un club de tir.

Lorsque je l’ai vue pour la première fois, c’était le vendredi soir très tard sur le quai de la gare, je l’ai trouvée plus belle qu’en photo. Elle a du caractère.

– Dominique, je te présente mon ami Claude Dolq dont je t’ais parlé l’autre jour au téléphone.

– Bonjour, ou plutôt bonsoir Claude, ça va ?

« Bonsoir belle damoiselle, vous avez l’air en pleine forme, comme moi. » lui dis-je en faisant une révérence.

– Comme il est charmant…

Eclat de rire général.

– Bon, trêve de plaisanterie, on peut y aller, il est presque minuit, il fait froid, et nous avons tous eu une longe journée.

Nous sommes alors tous allés chez elle avec sa voiture, le nouveau spider Alpha Roméo ( gagnée à un jeu ). Elle habite non loin de là dans la cité universitaire. Nous avons pris pour l’occasion nos duvets car il n’y a qu’un lit dans son petit studio. Nous nous sommes vite endormis.

Après une bonne et longue nuit de sommeil, un brun de toilette et un petit encas coupe faim – il était presque onze heures lorsque le premier à ouvert l’oeil – nous sommes partis faire un tour en ville faire du lèche vitrine à la recherche d’un petit restaurant sympa pour prendre un vraie déjeuné, car à l’armée ça n’est pas super. C’est pendant cette promenade que nous avons fait plus ample connaissance. C’est en passant devant la boutique d’un musicien que j’appris qu’elle jouait de la batterie depuis près de cinq ans et que de temps en temps elle faisait des boeufs avec Alexandre. Je profita alors de l’occasion pour leur dire que moi aussi je suis musicien. « Depuis dix ans, je joue du synthétiseur, tu t’en souviens peu être Alex, on pourrait se tenter quelque chose un de ces quatre. »

L’idée fut approuvée. Nous voulions le faire de suite mais la boutique était fermée pour le déjeuné. Nous avons donc décidé de revenir après avoir mangé, ce que nous avons fait.

C’est le marchand qui fut content d’avoir un peu d’animation dans son magasin ou l’on pouvait trouver toutes sortes d’instruments. Nous avons joué pendant près d’une heure de nombreux morceaux de différents styles et auteurs. Souvent, nous nous sommes pris à chanter en même temps, surtout Alexandre. Nous avons commencé notre récital gratuit par quelques exercices d’échauffements des doigts durant une ou deux minutes, et nous avons enchaîné d’un commun accord avec les quelques titres suivants que nous connaissions presque par coeur tous les trois: Hey Jude, Santiano, La ballade des gens heureux, Les portes du pénitencier, Stewbal et pour finir C’est un beau roman. Ainsi nous avons épuisé tout le stock commun. Mais chacun d’entre nous en connaissait beaucoup d’autres. Personnellement, je connaissais une bonne partie des morceaux de Jean-Michel Jarre et de Vangélis. Nous avons eu du succès, et la boutique de nombreux clients. Nous nous sommes vraiment bien amusés, et nous avons été fortement applaudies. Même le propriétaire qui au début était un peu réticent, a vite apprécié le spectacle.

– Chouette notre impro, n’est ce pas ?

– Vous formez un super groupe les gars ! Vous devez certainement avoir du succès lors de vos spectacles ?

– Vous ne nous croirez pas si on vous dit que c’est la première fois que nous jouons ensemble tous les trois. Votre idée de monter un groupe me semble bonne, on va y penser.

Une fois sortis dans la rue, une centaine de mètres plus loin, le calme était revenu. Nous commencions à étouffer avec tout ce monde autour de nous. Nous avons marché longuement et nous nous sommes arrêtés devant un cinéma avec un film intéressant à l’affiche. Comme la séance allait bientôt commencer, nous sommes entrés.

Nous avons passé le reste de notre permission à parler musique et cinéma. Le dimanche après-midi, le train nous attendait. Il fallait repartir.

Décembre 1995:

C’est ainsi que ce passa cette période à l’armée. C’est au rythme d’un week-end par mois que nous nous retrouvions pour jouer de la musique et travailler de nouveaux morceaux, mais dans ma ferme à la campagne, car il y a la place pour y mettre tous les instruments qui ne rentraient pas chez Dom. De plus, pas de danger de déranger les voisins, il n’y en a pas à cinq kilomètres à la ronde. Et finalement, je n’habite pas trop loin d’une gare. Le seul inconvénient, c’est qu’on ne retrouve Dominique que dans la matinée du samedi, car il lui faut aussi se déplacer, alors une fois sur trois, on couche chez elle le vendredi soir et on fait la route ensemble le samedi.

Ce mois-ci, nous avons du trouver autre chose: les trains étant en grève, comme toute la France, complètement paralysée par de nombreuses grèves et manifestations contre le « plan Juppé » balancé comme ça par le gouvernement sans aucune concertation avec les syndicats et sans avertir au préalable la population. Ce plan comportant de nombreuses réformes draconiennes allant à l’encontre de ce qui était annoncé lors de la campagne électorale de Chirac pour les présidentielles.

Il faut des réformes, cela est vraie, mais pas celles là. Et le gouvernement qui se dit pour le dialogue ne veut même pas le peuple mécontent qui a d’autres propositions souvent plus juste, plus équitable à proposer. Il a tout de même fini par prêter un peu l’oreille, écoutant les idées sur les points litigieux. Mais il n’a fait que semblant de céder. On se croirait presque sous une dictature.

Il ne faudrait pas que le gouvernement continue comme ça d’imposer quelque chose qui déplaît au peuple qui l’a élu, ou il risquerait de sauter, déjà que l’économie est en crise.

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