Quand on parle de « Big Brother », on fait généralement référence à l’illustre George Orwell et son roman, « 1984 » qui n’est, en passant, pas censé être un manuel d’instructions. L’histoire de ce roman nous ravive cette idée, résumée au fait, que l’on doit constamment avoir peur de l’Autre, parce qu’il est peut être le délateur qui amènera notre vie vers moins de libertés. On assimile aussi souvent, Big Brother à une poignée d’Hommes puissants et riches qui auraient la capacité de contrôler la population faibles et pauvres, jusque dans sa façon de penser et d’agir. La réalité rattrape hélas la fiction, mais le pire est peut-être à venir.

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Cette peur d’avoir moins de libertés est aujourd’hui encore plus remarquable, puisqu’avec l’outil Internet qu’il a créé, l’Homme s’est donné une nouvelle forme de pouvoir qu’il n’avait pas de façon aussi accessible avant : la possibilité de communiquer et de partager librement et rapidement ses pensées, ses idées et ses expériences avec le monde entier. Une possibilité pourtant simple mais qui change tout, et qui peut avoir parfois des conséquences inattendues, comme celle de renverser un gouvernement un peu trop dictatorial. Une possibilité qui peut donc aussi se retourner contre lui.

Sur la forme, encore aujourd’hui, on se représente « Big Brother » comme une surveillance généralisée principalement liée aux déploiements massifs par nos gouvernements, de caméras dans les rues et bâtiments. Le projet INDECT va d’ailleurs dans ce sens en Europe, et il est loin d’être le seul. Toutefois, on se rend doucement compte que la surveillance généralisée de nos libertés passe aussi et surtout par le réseau des réseaux, dans lequel nous nous connectons et nous dévoilons de façons massives. Naturellement, le réseau social facebook, qui reçoit par nature de nombreuses données privées et très personnelles des populations, est pointé du doigt comme outil délateur, mais peut-on imaginer et comprendre qu’en fait, cette surveillance généralisée qui nous fait tant peur, s’opère grâce à d’innombrables autres acteurs aussi bien privés que publics sur la toile ? En fait, tous, même si c’est parfois à leur insu. Réalisons cependant qu’il y a des entreprises privées qui se spécialisent dans cette surveillance de masse, et on peut clairement citer Google, qui sous-prétexte de servir l’information demandée se permet d’aller la chercher de façons trop insistantes et intrusives. Cependant, Google n’est pas non plus Amesys…

Alors, est-ce que Big Brother est vraiment un phénomène essentiellement gouvernemental, lié à la peur du grand méchant qui nous surveille pour mieux nous maîtriser ? Et si l’avenir nous démontrait plutôt l’inverse, et que les Grands « Inquisiteurs » devenaient plutôt des acteurs mineurs et juste décisionnels dans ce phénomène ? Big Brother ne peut de toute façon exister et être vraiment efficace que grâce aux Hommes connectés entre-eux, capables de se surveiller mutuellement pour dénoncer publiquement les moindres faits et gestes de ses prochains.

Et, devinez qui va aider à réaliser cette condition sine qua non ? Les désormais célèbres « Google Glass », les prochaines lunettes connectées (à son smartphone) et a réalité augmentée de Google. Avec elles, tout sera affiché sous nos yeux (GPS, Infos diverses…), un peu comme le concept “Go for it ». De l’avis de Sergey Brin : « Ça fait un peu bizarre au début, mais on s’y habitue« . Une révolution des comportements, et peut-être même de la nature humaine est à prévoir, surtout que d’autres sociétés lui emboîteront le pas.

 

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Comment allez-vous réagir lorsque vous verrez qu’une personne autour de vous, que ce soit dans un lieu public ou pire privé, aura ces lunettes sur le nez, en sachant qu’elles peuvent vous enregistrer en vidéo, vous scanner, chercher et afficher vos informations personnelles par la simple reconnaissance faciale, et que les vidéos peuvent être mises publiquement en streaming sur les réseaux et médias sociaux, sans que vous puissiez avoir le contrôle de votre propre image ? Comment allez-vous réagir, lorsque votre collègue de bureau aura ces lunettes et que ce dernier voudra entamer une conversation « privée » qui pourra potentiellement être vue ensuite par tout le monde ? N’aurez-vous pas naturellement envie de fuir, même si des lois vous protégeant existent ? N’oublions pas qu’un procès gagné ne peut jamais vraiment réparer le mal qui est fait lorsqu’il s’agit de dévoiler une vie intime sur Internet.

La vie privée risque donc d’en prendre un bon coup dans l’aile ou la cuisse et le pouvoir d’expression et de révolte de l’Homme libre pourrait bien s’estomper, mais ce n’est peut-être qu’un problème de vieux cons, comme dit Jean-Marc Manach.

Même si, on peut faire un peu la même chose aujourd’hui avec un smartphone, l’acte de « surveillance » n’est pas aussi dissimulé qu’avec des lunettes constamment pointées vers le monde. Alors, pour dénoncer la misère, les magouilles politiciennes, les brutalités illégitimes, ou pour dévoiler des exploits sportifs, c’est intéressant, mais ces lunettes auront plutôt tendance à neutraliser et égaliser les comportements et les émotions vers des « normes » plutôt tristes et immobilistes, où chacun aura peur d’être analysé et de devoir en subir les moindres conséquences. Bref, la paranoïa est ici légitime et elle pourrait avoir tendance à harmoniser nos caractères propres. Enfin, si on a tendance à penser que ces lunettes permettraient d’améliorer la sécurité, n’oublions pas la phrase de Benjamin Franklin qui disait que : « un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre et finit par perdre les deux« .

Rappelons-nous qu’un grand pouvoir implique une grande responsabilité et un outil aussi puissant soit-il rendant à bon escient de bons et loyaux services est aussi un outil qui peut être utilisé à mauvais escient même contre son utilisateur. Chacun détiendra l’expérience de l’autre et plus personne ne maîtrisera vraiment la sienne. Mais, le but est ici de déterminer si, à long terme, un équilibre des conséquences est possible.

L’Homme, pour assouvir son confort personnel, va-t-il finalement devenir son propre ennemi liberticide ? On peut imaginer en étant optimiste, que non, et qu’il saura être raisonnable et respectueux des autres, en ayant conscience de devoir avoir une éthique de réciprocité, comme le disait Hillel Hazaken : n’inflige pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’autrui te fasse.

>>> Source sur : http://neosting.net/actualite/big-brother-google-surveillance-glass.html

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