Le Manifeste de SavoirCom1

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L’approche par les  communs s’inscrit dans la continuité de l’appel pour la constitution d’un réseau francophone autour des Biens Communs :

Par Biens Communs, nous entendons plusieurs choses : il s’agit d’abord de ressources que nous voulons partager et promouvoir, que celles-ci soient naturelles – une forêt, une rivière, la biosphère -, matérielles – une machine-outil, une imprimante – ou immatérielles – une connaissance, un logiciel, l’ADN d’une plante ou d’un animal –. Il s’agit aussi des formes de gouvernance associées à ces ressources, qui vont permettre leur partage, le cas échéant leur circulation, leur valorisation sans destruction, leur protection contre ceux qui pourraient atteindre à leur intégrité. Les Biens Communs sont donc à la fois une approche alternative de la gestion de biens et de services, qui bouscule le modèle économique dominant basé sur la propriété, et un imaginaire politique renouvelé.

Les politiques publiques de l’accès à l’information se sont construites sur l’accès et la diffusion de biens rares et rivaux, c’est-à-dire que la jouissance des objets tangibles qu’elles mettent à disposition prive d’autres personnes de cette même jouissance. Or le propre du numérique est la faculté de reproduire des biens non rivaux à l’identique et sans perte d’information, à l’infini, et pour un coût quasi nul. Le contexte est  radicalement nouveau car il permet la création et la diffusion à grande échelle des communs de la connaissance. En voici une définition:

Les Biens communs qui peuvent être créés, échangés et manipulés sous forme d’information, et dont les outils de création et le traitement sont souvent eux-mêmes de la connaissances (logiciels). Il peut s’agir de données, de connaissances, de créations dans tous les médias, d’idées, de logiciels. Les biens communs de la connaissances sont des biens publics parfaits au sens économique, contrairement aux biens communs physiques, qui gardent toujours une part de rivalité ou d’excluabilité.

Ni mouvement politique, ni opposition frontale entre secteur public et secteur privé, il s’agit de considérer la connaissance dans une triple dynamique :

  • l’information elle-même

  • la communauté qui lui est associée (les commoners)

  • les règles de fonctionnement qu’elle se propose de suivre.

Cette triade est essentielle parce qu’elle prend en compte des usages et des règles, et parce qu’elle touche aux aux conditions d’appropriabilité de l’information. De la liberté autorégulée des logiciels libres (licence GNU/GPL) à l’encyclopédie collaborative Wikipédia, en passant par les licences Creative Commons et les fonds numérisés du domaine public librement mis à disposition, l’ensemble des communs représentent pour Yochaï Benkler “une valeur créée socialement et une force macro-économique et culturelle”. C’est à partir de ces communs de la connaissance que se construisent des modèles d’affaires, des réseaux citoyens d’accès à l’information, des communautés régulées (La Richesse des Réseaux).

Plutôt que de « biens communs », nous préférons parler de « communs » pour éviter la confusion induite par la notion de « bien » et de propriété qui lui est souvent attachéeNous plaçons ainsi les communs dans une dynamique d’actioncollective et politique. En effet, ils ne sont pas seulement des biens matériels, ni même immatériels, qu’il faudrait gérer et dont l’essence serait fixe et immuable.

Les communs de la connaissance représentent un nouveau paradigme. Selon David Bollier, des principes généraux sont applicables à la plupart des biens communs :

  • Maintenance d’une ressource sur le long terme
  • Accès équitable et bénéfique pour un usage individuel (et non marchand) des commoners
  • Transparence et responsabilité au sein des commoners
  • Capacité à identifier et à punir les usages abusifs, le vandalisme et les appropriations
  • Capacité à déterminer si la ressource doit être aliénée en vue d’un usage marchand ou non.

Ces principes n’ont pas valeur de lois mais peuvent et doivent s’adapter à des contextes historiques et des circonstances locales. L’inscription et la reconnaissance des vertus potentielles d’espaces communs de biens de la connaissances gérés par descommoners doit être au cœur de l’activité des politiques publiques.

« Plus qu’un concept, les biens communs constituent un cadre de pensée pour l’action. » (Biens) communs, Contours et repères, Résau francopohone autour des biens communs.

Placer les politiques publiques sous le signe des communs signifie garantir l’interopérabilité, la lisibilité, l’appropriabilité et la citabilité des communs de la connaissance, et contribuer au développement d’une culture de l’information de nature à favoriser le développement des connaissances et des apprentissages.

Dès lors, l’objectif est de protéger à travers le temps une ressource et les règles établies par la communauté qui la partage.  Les Communs  sont sans cesse menacés par des logiques d’enclosures,  c’est à dire  d’appropriation indue. Créer une enclosure, c’est refermer  par des  moyens économiques (ex : modèles verticaux intégrés),  juridiques  (déséquilibre du droit de la propriété intellectuelle), ou  techniques  (ex : DRM) ce qui a été créé selon un principe d’ouverture.  C’est aussi couper des Communs  de la communauté qui en a défini les  règles de gestion. C’est contre  ces enclosures qu’il nous faut nous  élever, en ayant à l’esprit qu’elles peuvent aussi bien être  le fait du monde marchand que du  monde non marchand. Le principe est le suivant : ce qui est issu des communs doit demeurer dans les communs.

Les politiques publiques, en particulier celles liées à l’information et à la documentation, doivent garantir le respect des principes suivants pour permettre l’existence et le développement des communs de la connaissance.

1. La neutralité d’Internet est vitale pour garantir le transport de l’information par des opérateurs qui ne discriminent pas ce qu’ils transportent en fonction de la nature ou du volume d’information. La neutralité du net est une condition nécessaire de l’innovation propice à la naissance, au développement et à la pérennité des biens communs de la connaissances.

2. La protection des données personnelles doit être un élément de lutte contre des enclosures qui dépossèdent les utilisateurs de leurs propres données. Il faut garantir la manipulabilité des données personnelles, leur contrôle citoyen et la régulation de leur usage en communs.

3. Dans la perspective d’une science ouverte au-delà du cercle académique, l’accès libre aux publications scientifiques et aux (méta)données de la recherche doit primer face aux phénomènes d’appropriation de la recherche publique. Il s’agit de favoriser des modèles économiquement soutenables de la recherche ouverte, notamment pour favoriser un dialogue science-société. Ce n’est pas seulement d’accès, mais d’appropriation de nouvelles approches et de nouveaux paradigmes amenés par le numérique et rendus possibles par un accès libre aux données et aux métadonnées de la recherche qu’il s’agit, en toute cohérence avec le Manifeste des Humanités numériques.

4. Le développement d’une littératie des Communs doit favoriser la  citoyenneté et les apprentissages en réseaux, socles de  l’existence des  Communs. Il  faut donc  enseigner des connaissances, transmettre des savoir-faire et  savoirs être  qui garantissent la capacité des citoyens de demain à  créer des Communs.   L’apprentissage de la création, du stockage et de la  mise en circulation de  l’information, ainsi qu’une  formation à la compréhension critique de  notre environnement numérique   doivent être pleinement intégrées  dans  les cursus scolaires et  universitaires et dans les formations tout  au  long de la vie. 

En  outre, la création de ressources (éducatives) libres doivent être  encouragées et comporter une clause de  partage à  l’identique, qu’il  s’agisse de données, de métadonnées, de savoirs, garanties pour une  libre circulation des connaissances.

5. L’ouverture des données publiques dans des conditions qui évitent les enclosures doit favoriser des cercles vertueux. Quand il s’agit de favoriser le développement de nouveaux modèles d’affaires, cela doit se faire dans des conditions de “partage à l’identique” où ce qui est créé et vendu de manière exclusive ne doit pas être la ressource mais les services qui lui sont associés.

6. L’usage des logiciels libres est de nature à garantir aux utilisateurs la possibilité d’expérimenter, d’innover, de créer du code informatique ouvert et de qualité. L’approche par les communs ne favorise pas seulement l’ouverture du code, mais repose sur l’usage de protocoles et de standards ouverts. Elle valorise ainsi les dynamiques de leur appropriation, et, par conséquent, la réappropriation des enjeux et des données qui leur sont relatifs.

7. Le partage non marchand d’œuvres protégées doit être possible, et des mécanismes de rémunération alternatifs pour les auteurs doivent être explorés. De la même manière, la possibilité d’effectuer des usages non commerciaux des œuvres est essentielle au développement personnel des individus. La situation de l’auteur doit être prise en compte lors de la mise en place de nouvelles exceptions ou limitations au droit d’auteur, ou lors de la révision des anciennes.

8. Le domaine public et les savoirs partagés doivent être encouragés, préservés et soutenus par les politiques publiques. Le collectif soutient les 10 recommandations issues du Manifeste pour le domaine public dont il reprend le périmètre exprimé comme suit : en complément aux œuvres qui appartiennent au domaine public au sens strict, il existe de très nombreuses œuvres de valeur partagées volontairement par leurs auteurs par le biais de licences libres. Ces auteurs les ont placées sous des termes d’usage généreux, créant ainsi des biens communs construits par les contrats qui fonctionnent sous de nombreux aspects comme le domaine public. Enfin, les individus peuvent également utiliser des œuvres protégées du fait des exceptions et limitations au droit d’auteur, du fair use ou du fair dealing. Toutes ces composantes du domaine public qui permettent un accès accru à notre culture et à notre patrimoine sont essentielles.

9. Placer les communs au cœur des modèles économiques de l’information. Le collectif promeut une approche complexe des écosystèmes de la connaissance. Le numérique a fait éclater les chaînes de valeur linéaires au profit du développement d’écosystèmes. Prendre acte de cette évolution signifie refuser une stricte défense d’acteurs économiques au nom de la défense d’un secteur, d’un acteur ou d’une chaîne économique (la chaîne du livre par exemple). Les droits des utilisateurs, notamment l’accès facilité, la citabilité et la réappropriabilité des biens communs ainsi que la juste rémunération des auteurs doivent guider tout modèle économique lié à l’information. Le collectif déclare encourager des modèles qui valorisent économiquement des services, à la différence de ceux qui vendent des données. Il refuse catégoriquement tous les dispositifs techniques (DRM) qui limitent les usages de l’information et, par conséquent, entravent le développement de biens communs de la connaissances

10. Favoriser la création et le développement des communs sur les territoires. Les communs de la connaissances sont intimement liés à des communautés dont les politiques publiques doivent faciliter les conditions d’existence. Les points d’accès publics à Internet doivent ainsi garantir une très large variété d’usages collectifs, sans discrimination technique ou juridique qui irait au-delà du cadre légal en vigueur. Plus que d’accès, c’est l’enjeu de l’accompagnement à l’acquisition d’une culture de la connaissance le qui est important. Le collectif soutient la création et le développement de (tiers) lieux (bibliothèques, centres culturels, fablab, etc.) comme espaces communs largement ouverts et modulables dans lesquels peuvent se déployer des usages collectifs. Il s’agit de croiser les approches des acteurs comme des usagers, et de décloisonner les services publics au bénéfice des politiques publiques de l’éducation, de la culture ou du développement économique.

Le numérique est un processus qui transforme l’ensemble de la société en modifiant l’appropriation et le partage des connaissances.

Il est essentiel que les politiques publiques en tiennent compte et préservent tout autant que promeuvent ce qui en est le cœur : la création et le partage des communs de la connaissance.

Vous partagez les positions exprimées dans ce Manifeste ? Il y a trois possibilités non exclusives les unes des autres, présentées ici par degré d’implication :

  1. Vous souhaitez exprimer votre soutien aux positions du Manifeste : il est possible de l’indiquer en commentaire de cette page. N’hésitez pas !
  2. Vous souhaitez suivre le collectif : vous avez l’embarras du choix : vous abonner au fil rss, recevoir par courriel les billets (voir colonne de droite sur le site), ou nous suivre par Twitter. Le site proposera des articles sur les communs de la connaissance et sur les sujets listés dans le Manifeste. Ponctuellement nous ferons appel à vous pour des projets, des campagnes, ou des actions !
  3. Vous souhaitez rejoindre le collectif comme membre, cela signifie que vous adhérez sans réserve au Manifeste (la lecture du livre Libres Savoirs est chaudement recommandée :-) et que vous êtes prêts à vous impliquer. Vous aurez alors accès à la liste de diffusion où vous pourrez participer à nos activités, vous aurez aussi accès à notre tableau de bord sur Trello et vous aurez enfin un compte pour pouvoir publier sur le site. Votre identité numérique apparaîtra (sans le courriel) sur la page des membres. Précisons enfin que ce collectif N’EST PAS réservé aux bibliothécaires et ou documentalistes, mais ouvert à tous ceux qui partagent les positions du Manifeste

Voilà, vous avez le choix, à bientôt !

>>> Source sur : http://www.savoirscom1.info/manifeste-savoirscom1/

>>> Licences : Licence Creative Commons & Move Commons Non-Profit, Reproducible, Reinforcing the Digital Commons, Grassroots

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