Le pénible chemin de la liberté

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Randonneurs remontant avec précaution, et à la lumière de leur casque, le chemin difficile d'une caverne

Depuis que j’ai découvert la philosophie du Libre, les idées qu’elle véhicule m’ont profondément influencé et m’ont façonné bien au delà de l’usage de l’outil informatique. C’est ma réflexion sur tous les sujets de la vie, et au final mon éthique personnelle, qui s’en est trouvée modifiée (pour ma part je dirai enrichie mais c’est un point de vue). De fait, les amis que je me suis forgé en amont, et dont je partageais largement la culture, me regardent parfois aujourd’hui, à leur propre étonnement, comme une personne différente qu’ils découvriraient. Le fait est que nos vues sur un certain nombre de sujets ne sont actuellement plus les mêmes. Heureusement, une amitié forte basée sur des valeurs fondamentales partagées et une réelle complicité sait résister à ces turbulences, et, à terme, certainement s’enrichir de ces différences. Mais je disgresse.

Ce que j’ai découvert – ou plus exactement éprouvé car il n’y a rien d’original à ce que je vais énoncer, mais encore me fallait-il l’intérioriser – dans le champ informatique, après toutes ces années, tient en ces quelques constats que je partage avec vous :

Ne pas céder au sirènes du confort pour préserver sa liberté

La commodité est souvent l’ennemie de la liberté. Il y a une raison à ce que les sociétés commerciales vous proposent des facilités (pratiques ou financières) à l’utilisation de services complémentaires à celui auquel vous aviez souscrit initialement. Il s’agit de rendre plus difficile la tâche à l’utilisateur qui souhaiterait quitter le service initial. Les exemples sont nombreux, vous les reconnaîtrez sans doute : votre FAI vous propose en sus une adresse de courriel et un espace de stockage pour votre blogue, le service de courriel auquel vous avez souscrit vous propose en même temps une interface Web parfaitement optimisée au point que vous finissez par confondre les deux fonctionnalités, tel service Web vous donne un accès facilité à d’autres services en ligne de la même société (courriel, réseau social, agenda, agrégateur de flux RSS… qui s’entremêlent), etc.

Dès lors abandonner un de ces services impliquerait d’abandonner les autres, rendant la migration bien plus pénible que ce que vous aviez imaginé au départ.

Plus pernicieux : augmenter le coût de sortie de ces services permet au fournisseur de ces services de modifier peu à peu les règles de chacun de ces services à son avantage : après tout, vous pouvez bien accepter ce petit désagrément, vous dîtes-vous : de toutes façons vous utilisez déjà les autres services qui vous facilitent quand même bien la vie, pensez-vous. C’est la fameuse allégorie de la grenouille(selon laquelle si l’on plongeait subitement une grenouille dans de l’eau chaude, celle-ci s’échapperait d’un bond ; alors que si on la plongeait dans l’eau froide et qu’on portait très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdirait ou s’habituerait à la température et finirait ébouillantée) rendue plus efficace encore par l’interdépendance des services proposés. Non seulement votre vigilance est atténuée face à ces décisions unilatérales qui n’interviennent qu’après coup et par petites touches successives, mais, même si celle-ci finit par vous alerter, l’évaluation des inconvénients qu’il y aurait à agir vous conduit rationnellement (certes par un raisonnement à court terme, mais c’est un raisonnement rationnel tout de même) à laisser faire. C’est diaboliquement efficace (pour l’avoir expérimenté à maintes reprises à mon désavantage) et, ne soyez pas naïf : il n’y a rien de fortuit dans ces méthodes.

La solution est alors de se garder de ces solutions confortables qui vous sont généreusement offertes et d’utiliser des outils généralistes conçus pour s’interfacer avec différents services concurrents (en reconnaissant que ces outils s’avéreront donc parfois, par la force des choses, moins optimisés). Renoncer au confort de l’imbrication c’est abaisser au minimum l’effort de migration ultérieur et donc préserver au mieux sa liberté.

L’alternative inévitable est donc : gagner un peu de confort immédiat et renoncer à l’exercice plein et entier de sa liberté pour l’avenir, ou faire l’effort de mettre en place ses propres outils et conserver les possibilités les plus larges d’exercer sa liberté.

Les enjeux de cette alternative qui se présente à l’instant T seront plus vivement ressentis à l’instant T+1 lorsque, ayant cédé une part de sa liberté pour un peu de confort, et souhaitant à présent reconquérir sa liberté perdue, l’utilisateur fera face au coût de cette reconquête, bien plus élevé que ce qu’il lui en aurait coûté initialement de ne pas céder sa liberté.

Pour ma part, tout à commencé avec Google Mail (alias Gmail) qui m’a emmené vers Google Calendar et vers Google Blog (alias Blogger). Par contre pour agréger mes flux RSS j’utilisais Netvibes qu’un ami (LTP) m’avait fait découvrir, plutôt que son équivalent Google (ça paraîtrait presque incongru aujourd’hui face à l’omniprésence googlienne). Malgré la connaissance de ma dépendance à ces services en ligne, le temps et la difficulté nécessaires pour m’en défaire et changer mes habitudes m’ont longtemps maintenus dans la casserole telle la grenouille que je suis pour les fournisseurs de ces services soit-disant gratuits. Après l’utilisation de logiciels libres sous MS Windows, puis l’utilisation de logiciels libres sous un système d’explication libre GNU/Linux, puis le départ de Blogger pour un blogue hébergé par Toile-Libre(un hébergeur indépendant, neutre, associatif et à prix libre), puis la fermeture il y a quelques mois de mon compte Netvibes au profit de l’usage d’un logiciel dédié sur ma machine (Liferea) et l’arrêt de Google Calendar au profit… d’un « agenda papier » de poche, il me reste encore mon adresse Gmail que je cherche à remplacer depuis un certain temps, affecté que je suis du Syndrome Bayrou.

Le plus étonnant, avec le recul, est que j’ai l’impression que c’était il y a une éternité que j’utilisais ces services. Au final, une fois que l’on a fait l’effort du changement, on ne sait plus vraiment après coup pourquoi il était si difficile de changer. De nouvelles habitudes ont remplacé les anciennes et il n’y a plus d’effort à faire ! Il suffit alors, pour que cet effort soit un investissement pérenne et que vous n’ayez plus à le renouveler à l’avenir, que les nouveaux outils adoptés soient indépendants du fournisseur du service.

Ne pas céder à la pression pour préserver sa liberté

Il s’agit ici pour moi d’une application de la philosophie du « Moins c’est mieux » (en anglais : Less is more) dont je vous ai parlé à l’occasion de mes résolutions pour 2014.

Pour l’anecdote, je remarque que la méthode cousine KISS (keep it simple, stupid) de développement logiciel a également une incidence, côté utilisateur, en ce qu’elle contribue, en tout cas pour ma part, à la mise en œuvre de la philosophie du « Moins c’est mieux » : comme s’il s’agissait de deux cotés d’une même médaille.

Car si j’ai pris soin de choisir des logiciels généralistes au sens où ceux-ci sont indépendants du service utilisé (d’où l’importance en amont des standards ouverts tels le courriel, par opposition aux réseaux sociaux fermés qui tendent à le remplacer), j’ai également choisi des logiciels spécialisés quant à la tâche à accomplir.

En effet, dans mon schéma organisationnel précédent, tout était centralisé dans mon navigateur Web en charge bien sûr de mes consultations de sites Web et de mes publications sur le Web mais aussi, par la force de choses, de la gestion de mes flux RSS et de mes courriels, puisque je recourais pour ceux-ci à des services en ligne. Il était alors très difficile de se concentrer sur les fonctions principales d’un navigateur Web (consultation et production de textes en ligne) compte tenu de l’arrivée intempestive de nouvelles via les flux RSS auxquels je suis abonné ou de courriels. Bien sûr il est possible de décomposer la navigation dans plusieurs fenêtres, mais d’après mon expérience on finit toujours par mélanger les genres.

J’utilise donc dorénavant pour chaque tâche un logiciel ad hoc installé sur ma machine : un navigateur Web, un agrégateur de flux RSS et (depuis hier !) un logiciel de courriel, ces deux derniers étant paramétrés pour ouvrir les liens hypertextes dans le navigateur Web.

À noter que, si j’utilise encore pour le moment une adresse Gmail, celle-ci n’est plus, de fait, qu’une adresse confiée à mon logiciel de courriel. Ayant différencié l’interface (fournie dorénavant par le logiciel multi-comptes installé sur ma machine) du service de messagerie lui-même au prix d’un effort d’adaptation à une nouvelle interface, je me suis détaché du fournisseur du service de courriel qui devient interchangeable (encore plus si vous utilisez un alias).

Par ailleurs j’utilise GNOME 3 comme environnement graphique : celui-ci a la particularité d’afficher le logiciel courant en plein écran par défaut et de masquer l’activité des autres logiciels, sauf le jeu du système centralisé de notifications. En ce qui me concerne j’ai désactivé toutes les notifications de sorte que – hérésie – je ne suis pas averti de l’arrivée de nouvelles. C’est à moi, lorsque j’en ai le loisir, d’afficher les logiciels ad hoc pour voir s’il y a des nouvelles, un peu comme on descend à sa boite aux lettres pour voir si l’on a reçu du courrier (accepteriez-vous que l’on sonne à votre porte à chaque fois qu’un prospectus est distribué ?).

De fait, je ne suis plus distrait lorsque j’effectue une tâche qui me demande un effort, et je suis maître de mes activités.

D’autant que, comme annoncé dans mon billet détaillant mes résolutions pour 2014, j’ai fait un peu de tri dans mes abonnements et que j’apprécie pleinement ces moments où rien de neuf ne se présente (non, ça ne signifie pas que personne ne s’intéresse à vous !).

Pour l’anecdote, toujours dans le cadre de mes résolutions pour 2014, je porte à présent une montre qui me permet à l’occasion de m’éloigner de mon téléphone portable : encore une illustration de ce principe de spécialisation des outils qui nous permet d’être véritablement aux commandes et d’exercer nos choix.

Cela n’a l’air de rien, mais parce que l’infrastructure détermine dans une large mesure nos choix, sa modification (dans mon cas, des choses en apparence aussi banales que : s’équiper d’une montre, adopter un logiciel de courriel neutre vis à vis du fournisseur du service…) permet à de nouveaux comportements de trouver naturellement leur place.

 

>>> Source sur : http://libre-ouvert.toile-libre.org/index.php?article183/le-penible-chemin-de-la-liberte

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