Je vais changer la baseline de ce site et me faire appeler la Cassandre du Libre tant je me rends compte que mes articles sont une ressassé des dangers qui guettent le “vrai” logiciel libre et que la grande majorité de ses acteurs veut ignorer. Comme si l’objectif de libérer les utilisateurs de leur informatique ne leur importait pas ou plus exactement que seule leur propre liberté avait de l’importance.

Il est évident que dans ses conditions cela ne peut que perdurer et il est probable que dans 30 ans le « vrai » logiciel libre n’aura pas progressé d’un poil. D’ici là tous les acteurs du numérique auront alors adopté d’une manière ou d’une autre le développement à code source ouvert pour leurs services et logiciels propriétaires. Nos utilisateurs en seront toujours au même point que sous l’époque de l’hégémonie de Microsoft. Nous surferons peut-être tous sur GoogleNet dont nous serons les otages dociles et volontaires.

Heureusement, certaines lectures me laissent à penser que je ne suis pas le seul à croire qu’il y a un réel péril en la demeure. Il est hélas triste de constater que la majorité (totalité ?) des libristes se contentent de penser que laisser faire la gentille fée du logiciel libre sera suffisant. Que nul “front uni” ne soit nécessaire pour lutter. Je passe sur les contradictions de l’ami Cyrille qui trouve que le bazar c’est pas si mal, mais que quand même il faudrait un leader charismatique au libre. Sauf que dans le bazar, il ne peut y avoir un leader. Sinon ce n’est plus le bazar…

Voici donc Microsoft qui fait “un pas de plus vers le logiciel libre” (rire) en créant une fondation .NetCette structure indépendante aura pour but de promouvoir et organiser une dynamique communautaire autour des projets open source gravitant autour de l’infrastructure de l’éditeur. La phrase résume bien le danger. Un danger décrit il y a déjà plusieurs années par François Elie dans son livre sur l’économie du logiciel libre. Un livre qui déjà il y a cinq décrivait les scénarios du pire pour le logiciel libre dont celui du logiciel propriétaire 2.0 qui est tout simplement en train de voir le jour sous nos yeux. Je cite le livre :

Imaginez qu’un jour on annonce que le code source du système d’exploitation pour ordinateur le plus utilisé dans le monde passe sous une licence libre. On oubliera très vite les premières réactions, qui seront probablement maladroites. Pour peu que la chose ait été un peu préparée (et l’on peut le supposer) cela s’accompagnera de dispositifs de production/collaboration à très grande échelle.

Nous n’en sommes pas là, mais cette ouverture est bien amorcée. Elle est surtoutindispensable pour poursuivre le développement d’un système d’exploitation qui à défaut d’être ouvert (car il ne le sera pas) sera gratuitLe mouvement est déjà en route. Il faut juste le temps nécessaire pour mettre en place tous les outils permettant d’externaliser une partie de son développement.

Cela commencera par la mise à disposition de dispositifs très puissants pour apprendre la programmation aux enfants. Des outils gratuits, performants et ludiques, qui glisseront progressivement vers les usages collaboratifs. Pourquoi donc encourager les gens à programmer, puis à programmer ensemble d’après vous ?

Nous y sommes largement. Vous connaissez l’initiative code.org ? Qui contribue à cette organisation à but non lucratif ayant pour objectif d’apprendre aux enfants à coder ? Bill Gates et Mark Zukerbger. Deux apôtres du logiciel libre…

Continuons à ne pas vouloir voir ce qui se trame et l’avenir qui s’approche sera tout aussi fermé que le passé que nous avons connu. Comptez sur moi pour continuer à jouer ce rôle de Cassandre et à proposer et tenter de mettre en œuvre “d’autres approches”  :-) .

Ce serait peut-être l’une des plus grandes opportunités manquées de notre époque si le logiciel libre ne libérait que du code.

N.B : “vrai” logiciel libre fait référence à des logiciels sous licence à copyleft fort.

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